Avant d’être un film, Nappily ever after est tout d’abord un livre écrit par la romancière afro-américaine Trisha R. Thomas. L’actrice Sanaa Lathan (Violet Jones) est une femme à l’existence apparemment parfaite et ce, dans tous les domaines y compris son look capillaire. Elle est victime d’un accident capillaire dans un salon de coiffure et quelques temps après, elle fera un Big chop (les cheveux sont coupés  à ras pour repartir sur de bonnes bases). C’est donc à partir de ce moment qu’elle réalise que sa vie tant rêvée n’est pas celle qu’elle vit au quotidien.

Comme vous l’auriez compris, Nappily ever after traite d’un sujet capillaire et culturel qui est déjà relayé dans les medias par les actrices telles que Lupita Nyong’o, Yara Shahidi… Sauf que la société a toujours véhiculée l’image qu’une femme aux cheveux lisses représentait une forme de beauté supérieure et que les cheveux crépus étaient « sales », « négligés » et ne valaient pas grand-chose. La preuve beaucoup de femmes noires trouvent plus difficilement du travail en France notamment parce que leur coiffure est encore aperçue comme « négligée ».  D’ailleurs dans un interview accordé à l’actrice Kerry Washington (Olivia Pope dans la série scandal), cette dernière affirme que : « quelqu’un la suit toute la journée sur le plateau, pour s’assurer qu’il n’y ait pas un seul cheveu hors de propos. C’est le travail à temps plein de quelqu’un».

Pour en revenir au film, Violet Jones a toujours été complexée par ses cheveux et a longtemps souffert d’une injonction à se conformer aux diktats de la société blanche. La mère de Violet (Lynn Whitfield dans la série Greenleaf) s’assurait toujours que les cheveux de sa fille soit lisses et parfaits. A travers donc son personnage et celle de Zoe (Daria Johns), on entrevoit également la part de responsabilités des parents quant à la perception que nous avons de nous-même et de notre identité.

Pour mieux comprendre cette forme violente de mono culturalisme (les codes de la société sont ceux des femmes blanches), revenons au temps de l’esclavage où les maitres traitaient les cheveux de la femme noire, mais aussi leurs formes physiques de laides, animales, exacerbes (même si en secret, ils les enviaient, désiraient et violaient). Ils traitaient leurs cheveux crépus de tignasse, de crin, de laine et exigeaient par la suite qu’on les cache et grime. Et là, survint alors un drame culturel : Leurs cheveux ont été lissés, aplatis et elles se sont mises aux perruques, tissages et puis au défrisage. L’occident leur a rejeté, renié physiquement pour les assimiler aux canons de la beauté blanche. A ces difficultés d’acceptation des noirs par les sociétés occidentales, il faut ajouter un problème douloureux et compliqué qu’est la dépréciation des femmes noires au naturel (pas que…) par elles-mêmes. Qu’à cela ne tienne, les cheveux afros sont depuis quelques années la nouvelle tendance qu’adopte la majorité des africains, femmes, hommes tout comme enfants. Pour la plupart il faut suivre la tendance et pour d’autres c’est un choix d’affirmer leur africanité…quoi qu’il en soit, il reste beaucoup de chemin à faire.

Mon avis

J’ai été déçue de la légèreté par laquelle le sujet a été traité, que ce soit de la toxicité du perfectionnisme ou de l’héritage capillaire des femmes noires voir même de la beauté des cheveux crépus. Disons que je m’attendais à plus venant du scenario. Ce film est tellement rempli de clichés pour la femme noire. Dans un premier temps Violet Jones porte une perruque et a un copain médecin très beau au teint clair, elle excelle de ce fait dans tout ce qu’elle entreprend et est donc aimée et appréciée de tous. Secondo nous assistons à une scène où elle perd ses cheveux, recherche son identité et est détestée par tous et par la suite tombe amoureuse d’un homme noir qui peine à élever sa fille, comme pour dire que les hommes au teint clair qui réussissent professionnellement ne peuvent pas être amoureux d’une femme noire aux cheveux crépus (ce n’est que mon avis).

En effet, Nappily ever after est un film commercial auquel je ne saurais m’identifier pour la simple raison que Nappy n’est pas mon identité, mais juste cette envie d’avoir les cheveux sains et en bonne santé. Être nappy ne veut pas dire se faire aimer ou se faire accepter, ce n’est pas d’avoir les perruques et se sentir invincible (dans le film Violet semble changer de personnalité dès qu’elle change de coupe de cheveux : audacieuse en blonde, perfectionniste avec des extensions et perruques ou encore libérée le crane raser), se raser les cheveux, être déprimé pour après rechercher son identité et se marier.

Tout compte fait, je me suis dit que la trame du film était finalement de s’aimer soi-même et donc la rencontre, la découverte et l’acceptation de soi et surtout prendre conscience de la valeur et de la beauté de nos cheveux naturels. Il n’était donc pas nécessaire d’appliquer le traditionnel happy ending à savoir « trouver le mec idéal ».

Bref… A l’heure où l’on ne vit qu’à travers son reflet numérique et où l’individu doit être constamment dans l’excellence, ce film rappelle combien il est important d’écouter sa propre voix. Pour ma part, l’image de la femme noire ne se reflète pas par rapport à sa coupe de cheveux, c’est une femme avant tout avec des émotions et des envies. Peu importe le type de cheveux que vous avez, n’oubliez jamais que vous devez assumer vos propres choix.

 

Avez-vous déjà vu le film ? Qu’en avez-vous pensé ?